4 heures. Il s’agit du temps quotidien durant lequel le
soleil daignait se montrer le bout du nez à l’approche de Noël.
Depuis une dizaine de jours, il prend graduellement de l’assurance, tout en se
gardant encore une grosse gêne. Il se compare à une très jolie fille qui n’aime
pas sortir en public. En son absence, on ne pense pas à elle, on oublie son
existence et l’on songe bonnement à ce que l’avenir nous réserve. Mais quand
elle fait son apparition, attention! Les bonnes gens se massent dans les rues
pour inhaler son doux parfum, les arbres sourient aux passants, les chiens
éblouis se lancent dans une vaine poursuite de leur ombre reflétée sur les diamants
blancs qui recouvrent tout, tout, tout. Elle passe devant sans nous adresser la
parole? Ce n’est pas bien grave, son sourire aura illuminé notre journée et on
attend qu’elle nous refasse la grâce de sa présence le lendemain. Pour moi, la
dépression saisonnière n’existe pas ici. Au contraire, on tombe sous le charme
de Dame Nature jour après jour.
Dur de croire que l'eau n'est pas gelée à certains endroits.
Mon moment favori de la journée se situe entre 22
et 23h. Afin d’oublier un autre navrant revers du Canadien, j’enfile 4 couches
de vêtements et me dirige à l’extérieur. Je sors des limites du quartier
résidentiel afin d’échapper aux lueurs de la ville. La seule musique à mes
oreilles est le crissement de mes pas dans la neige. Je lève les yeux vers le
ciel où les étoiles sont en fête et veillent sur nous. Parfois, une source
digne de confiance m’informe d’un potentiel élevé d’aurore boréale. Dans la
noirceur de vendredi, j’ai donc parcouru une montagne rocheuse en fixant le firmament
durant un long moment. Sans succès. C’est l’apparition d’un renard à quelques
pieds de moi qui m’a ramené à la réalité. J’ai pensé l’assassiner et m’emparer
de sa fourrure pour en faire un foulard, mais je suis conscient que plusieurs d’entre
vous ne m’auraient plus adressé la parole…
La motoneige est partie intégrante du décor
nordique. En effet, pratiquement tous les Inuit en possèdent un; certains pour
leurs déplacements quotidiens, la majorité pour la chasse. Afin de les accommoder,
les routes sont désignées sentiers municipaux. Je l’avais mentionné, ça
implique que le code de la route ne s’applique pas ici. Naturellement, cela amène
toutes sortes de personnes de tous âges à prendre le volant… Les motoneigistes
s’en donnent à cœur joie et dévalent les routes à des vitesses phénoménales.
Les piétons doivent faire attention, surtout la nuit. D’ailleurs, il n’y a
pratiquement personne dans les rues avant 11h le matin; les Inuit sont des
couche-tard. La nuit par contre, on entend une symphonie de motoneiges au loin.
On s’y habitue, comme une berceuse qui nous mène joliment vers le sommeil. Je
repense à mon premier face-à-face avec un Inuk que je qualifierais de particulier.
Je revenais du travail et aperçu un homme qui tentait de sortir sa motoneige du
trou dans laquelle elle était embourbée. Suite à une vingtaine de minutes de
déneige-pousse-recule, on arrive à nos fins. Fou de joie, il effectue une
boucle un peu plus loin avant de se diriger vers moi à toute vitesse. Il m’aurait
bêtement tué si je n’avais pas sauté de côté pour éviter une mort saugrenue. L’homme
s’est arrêté pour ramasser ses deux fils, tout en me remerciant gaiement.
La grande majorité des habitants arborent
au moins un skidoo dans leur cour.
Le cinéma est à l’intérieur de l’hôtel de ville.
Il diffuse un film vieux de quelques mois et ce, 2 soirs/semaine. Les deux bars
de la ville sont parfois fermés et accueillent des personnages plus ou moins amicaux.
De toute façon, le prix de l’alcool est suffisant pour calmer la soif. Deux
épiceries vendent également meubles, vêtements… Ne recherchez pas le dernier
cri; les fauteuils nous viennent directement des années 90. La nourriture est
un important sujet de conversation au Nord. On retrouve sensiblement les mêmes emballages
qu’au Sud dans les épiceries, mais les prix sont catapultés à la stratosphère
suite au transport par avion. Des subventions ont été mises en place afin de
préserver un tarif raisonnable pour les aliments santé de base (lait, pain, œufs,
etc.). Cependant, les Inuit s’alimentent très mal; j’apprenais aujourd’hui que
les meilleurs vendeurs de l’épicerie sont les pizzas congelés, les chips et le « pop »
(Coke, Sprite…). Les Inuit de tous âges adorent le pop, tant et si bien que la
promesse d’une canette gratuite est le moyen reconnu pour s’assurer de la
participation des gens aux activités communautaires, comme un atelier de
couture ou une rencontre de A.A. Bref, le pot de jus de tomate est 7$, les
délectables Lay’s sel et vinaigre sont 6$ et le 2L de Tropicana est 12$. Et il
semblerait que les options diminuent et les prix augmentent plus on s’aventure
vers le nord. On m’a d’ailleurs recommandé de remplir mon sac de viande lors du
transfert vers mon village puisqu’on n’y retrouve plus de boucher. Une motivation
supplémentaire pour apprendre à chasser… J’oubliais qu’il y a un gym aussi!
60$/mois donne accès à un local réduit et peu entretenu. Petit prix à payer
pour un corps et un esprit sain.
J'ai officiellement enterré la hache de guerre avec
les chiens. Ce deux compères m'ont suivis pas à pas
durant une randonnée de 2h samedi dernier. Ils
sont tranquillement retournés chez leurs maîtres
par la suite.



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